Echappée sauvage en Vanoise

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Pure-Courchevel-février2020-34Février, cœur de l’hiver, il neige sans relâche. Depuis des semaines, des mois, les couches de poudreuse se superposent les unes aux autres, calmement, sans vent, dans un froid établit. Curieusement pour cette période et l’épaisseur du manteau, le BRA (bulletin d’estimation du risque d’avalanche) évoque un risque faible à limité. Et pour parfaire le tableau, la masse nuageuse inlassablement accrochée aux reliefs, revers de la médaille d’une si belle qualité de neige, doit se dissiper de façon imminente. A l’évidence, il faut réagir, sacrifier à la routine du moniteur, s’extraire de la cohue des grands domaines mécanisés, céder à l’appel d’une montagne plus vaste, plus sauvage et scintillante, envisager peut-être des pentes de grande ampleur, de belles ascensions, du grand ski… pour un tel programme c’est côté Vanoise que l’on va basculer. Les tergiversations ne durent guère et rapidement l’équipage est formé. Entre les Trois Vallées d’où nous partons et le Parc de la Vanoise, le contraste est saisissant (tout comme le froid sur ces lents télésièges nous menant au Col de Thorens, point où s’opère le changement de monde). Nous entrons alors dans une montagne silencieuse, immobile, froide. Le soleil est bien au rendez-vous, mais en ce moi de février il n’a guère d’effet sur l’onglet, la montée en peaux au Col de Gébroulaz s’avère alors salutaire. La traversée qui suit, sous le Dôme de Polset, confirme l’isolement. Ici plus guère de traces à croiser. Une grande émotion et une certaine circonspection nous attendent en haut du couloir Garde : une pente soutenue, directe et bien chargée, à l’ombre d’un imposant sérac… Nous entrons avec prudence, mais rapidement la situation apparaît saine, seul le sluff tire un peu les skis… Finalement, il vaut mieux skier vite, enchaîner les virages, comme souvent dans la fraîche. Ce grand vol en apesanteur nous amène quelques 1000 mètres plus bas, sourire aux oreilles, passablement hébétés.

 

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Instant de grâce, joie pure des grandes dénivelées négatives dans la poudre… La réalité à tôt fait de se rappeler à nous : la montée suivante à la forme d’une courbe exponentielle. Le plat montant, appréciable pour se remettre en jambe, se fait progressivement pente soutenue, raide, puis muraille. Heureusement, cet obstacle comporte une ligne de faiblesse, un passage, une de ces curiosités du relief dont la Vanoise a le secret : la Brèche de la Croix de la Rue. La traverser skis au dos est un bien joli spectacle, cependant cela constitue bel et bien un acte de bravoure tant la neige est abondante. Harassé nous nous hissons de l’autre côté pour y contempler un paysage fait de roches acérées et d’immenses champs de neige vierge. Pour un retour à la maison le soir même, nous basculons par le col d’Ossois dans des pentes exposées nord-ouest. Nous engageons alors une descente quasiment infinie, dans une poudreuse abondante, légère comme l’air, dépourvue de toute trace humaine, jusqu’à Pralognan-la-Vanoise quelques 1500 mètres plus bas, point finale d’une échappée innoubliable.

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A Wild Escape to the Vanoise Massif

This winter, it has never stopped snowing. Layers of snow keeps accumulating and the cold has set in. The risk of avalanche is low to limited. For the first time in a long time, good weather has finally come. This was a great opportunity to leave the resort and head for the wild side of the Vanoise massif. Once our team was formed, we left first thing in the morning. We headed out of the 3 Valleys through the Thorens pass and warmed up by skinning up to the Gébroulaz pass. We pursued our way under the Dôme de Polset to the top of the Couloir Garde, a deep slope well covered with fresh snow and located in the shade of a large serac. At first, we approached the couloir with caution. And as the situation seemed safe enough, we started to descend at greater speed, slaloming in deep powder, for our greatest pleasure. Such euphoria was quickly put to a stop once we faced the following part of the journey: the ascent of a long slope in the shape of an exponential curve up to the Brèche de la Croix de la Rue. We started the ascent with skins, then pursued with skis on our backs, forcing our way through a thick layer of snow to get past the obstacle. On the other side, we could contemplate the landscape of sharp rocks and vast fields of virgin snow. So as to get back home that evening, we swung across the Aussois pass via north-west facing slopes. We then began a long descent on virgin powder snow as light as air to reach Pralognan-la-Vanoise, 1,500 metres below, the final point of this unforgettable day.

Informations :
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